spot_img

Le Terrorisme de Masse : dégâts du Simplisme, exigence d’une coordination accrue

Désormais, le monde tremble plus fréquemment suite à de nouvelles formes de déflagrations que seul l’aveuglement peut engendrer. La dernière décennie aura été particulièrement violente. Le spectacle du présent dans cette longue bande saharo-sahélienne à la fois hostile et coercitive est l’expression d’un engrenage où se mêlent intolérance, brutalité, violence, trafic en tous genres, irrédentisme rampant et, in fine, la barbarie. Jamais, cette région n’aura flirté de près avec l’embrasement. Il est trop facile d’incriminer un état plus que les autres face à un défi majeur et global qui ne saurait être relevé de manière unilatérale.

Depuis, l’enclenchement des actions conjointes des troupes françaises et maliennes, de nombreuses chaînes étrangères couvrant l’événement, firent appel à d’éminentes personnalités pour décliner, à leurs spectateurs, des opinions avisées.

J’ai suivi, avec intérêt, toutes ces analyses. Grande fut ma surprise dès lors qu’il s’agissait de trouver un fil conducteur, une cohérence, un cheminement logique aux discours des uns et des autres. C’est d’autant plus surprenant qu’il s’agit d’un défi majeur qui structure la cosmogonie planétaire dans sa triple dimension sécuritaire, militaire et diplomatique. Donc son analyse impliquait, à mes yeux, un cadre cohérent apte à éclairer tout un chacun bien au-delà des aspects événementiels même tragiques et barbares.

Je crois, pour ma part, que, dans cette zone saharo-sahélienne comme ailleurs, l’origine de la crise découle d’un agrégat de facteurs de nature et d’échelle différentes. Néanmoins ces déterminants épanchent parfois les mêmes laves mortelles.

La première explication découle de l’ancrage foudroyant depuis, la tragédie du 11 septembre, de la radicalité avec des dimensions notoires notamment religieuse et parfois raciale et identitaire. Il s’agit là du sinistre triple faciès de l’idéologie de la haine, de la brutalité et de la mort. Ce phénomène se déroule dans un contexte de mondialisation et d’interdépendance qui balaie tout sur son passage. Dans ce cadre, la dimension territoriale de la souveraineté, au demeurant chère à tous les pays, se trouve dénuée de tout sens dans la nouvelle configuration géostratégique du monde.

En effet, la mondialisation réduit de fait le territoire national à un champ d’expression des identités nationales tout en lui faisant perdre sa valeur matérielle au profit de transactions supranationales de plus en plus complexes. D’où cette distanciation entre Etat Nation dans son format classique et le cadre territorial. La géométrie territoriale devient mouvante, dynamique, fuyante et souvent insaisissable. Elle supprime les signes distinctifs des frontières et des distances. Contrairement au territoire, l’espace demeure au cœur de l’action qui se déploie à des échelles de moins en moins nationales.

De cette nouvelle grammaire découle des violences émergentes qui secrètent une nouvelle problématique sécuritaire. En fait, on n’est plus en sécurité chez soi dès lors que le chaos règne chez son voisin. C’est l’une des lames de fonds de l’histoire globalisée. Aussi s’agit de la tendance inexorable des nouvelles spatialisations sans cesse raffermie par la complexification des transactions.

Cet ordre nouveau offre au Collectif sécuritaire toute sa pertinence et sa superbe. C’est pourquoi l’absence d’une vision concertée, le manque de discernement de la communauté internationale et l’exacerbation des injustices révélée par les rapports des organisations indépendantes des droits de l’homme (Freedom House, Amnesty International, Human Rights Watch) ont contribué à un élargissement sans précédent de la radicalité. L’arrivée des islamistes au pouvoir, dans de nombreux pays et non des moindres (l’Egypte), suite au printemps arabe, confirme cette tendance. Les révolutions ont secrété l’inverse de ce que d’aucuns escomptaient. Les courants libéraux et laïcs peu organisés et moins engagés ont été battus. Ce phénomène observé en Egypte et en Tunisie a stimulé les courants d’obédience islamique dans les autres pays. On observa alors le renforcement d’AQMI et d’autres groupes violents comme Boku Arame au Nigéria. Cette évolution prit un tournant guerrier en Afrique sahélienne. La nébuleuse terroriste aura recruté à tour de bras dans les rangs d’une jeunesse désemparée et sans repère. D’autant plus que l’évolution récente de l’Afrique, comme l’indiquent les rapports des ONG, a été marquée par l’émergence de failles potentiellement sismiques : la pauvreté de masse, des armées affaiblies, la reproduction de régimes tyranniques et le désespoir.

Chacun le sait : on assiste depuis des lustres, à des convergences claires des sous types de la radicalité islamique à divers étages dont le plus apparent est le territorial. Au Sahel, il s’agit, d’une bande plutôt saharienne que sahélienne, qu’on peut considérer comme zone de non droit et territoire de prédilection des trafiquants en tous genres. Partager un même espace, les mêmes intérêts mercantiles, l’appât du gain au prix du sang humain, la facilité d’accès aux arsenaux militaires à ciel ouvert de la Libye auront conduit mécaniquement à des convergences opérationnelles et tactiques très complexes malgré le caractère protéiforme ici, plus qu’ailleurs, du fanatisme religieux. C’est à tout ce fouillis que nous devons la complexité de l’organisation de la lutte contre ce fléau.

La seule réponse face à l’engrenage de l’horreur et les pires turpitudes est la coopération fondée sur une stratégie concertée assortie d’une mutualisation des moyens. Il est totalement illusoire de penser qu’un quelconque pays puisse à lui seul, en solo, faire face à une menace de dimension planétaire. Il est parfois possible de détruire quelques sanctuaires ici ou là. Mais est-ce suffisant ? Bien sûr que non. Le danger émergera quelque part pour se répandre comme une trainée de poudre ailleurs.

En effet, comme nous l’avions expliqué la nouvelle grammaire territoriale, les spatialisations émergentes et l’exacerbation des injustices dans une économie globalisée stimulent et secrètent la radicalité violente et le terrorisme de masse. Ce n’est pas un hasard si les mouvements terroristes prolifèrent là où le droit est bafoué et la triple tragédie humaine de la pauvreté, de la faim et de la maladie fait des ravages. La bande saharo-sahélienne, champ actuel de bataille, en est la parfaite illustration. Aussi restitue-t-elle bien la concaténation entre diverses formes de radicalité et de terrorisme (religieux, national et identitaire, tonalité social).

Dans ce cadre, je reprends ici un texte que j’ai écrit il y a près de deux ans relativement à la mise en place d’un « mécanisme de coopération polynucléaire préventif et répressif. Celui-ci serait modulable et flexible. Cette double dimension est le gage de son succès et de son efficience……… C’est en cela que la construction de ressorts transfrontaliers de sécurité est au cœur du débat ».

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

spot_imgspot_img
spot_img

Les plus lus