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L’Architecture de l’Espérance en Afrique (suite)

Le dynamitage des verrous sus-indiqués est au cœur du débat : fixer des règles du jeu et passer du juridique aux pratiques. L’énumération des droits est certes, importante mais ceux-ci n’ont de valeur que si la philosophie générale qui les sous-tend est source d’inspiration collective tant dans les rapports inter citoyens donc entre les hommes que vis-à-vis de l’Etat.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 incorporée à toutes les constitutions africaines est à cet égard, sans équivalent au monde. Elle est moins une construction juridique qu’une proclamation philosophique et, in fine, une conception rénovée et subtile de l’humanitude évoquée par J.K ZERBO. Et, ce n’est pas une faille. Bien au contraire, elle détermine clairement les deux bouts de la chaîne : l’homme comme ligne de départ et le citoyen comme point d’arrivée. Le principe fondamental de l’universalité des droits exclut, dans l’absolu, toute relativité qui est souvent invoquée pour justifier les pires turpitudes.

Dans ce cadre en adoptant des lois fondamentales inspirées de cette conception, on sacralise et sanctuarise les droits inaliénables attachés à la personne humaine. En même temps, on définit des devoirs qui font de l’homme un citoyen d’un Etat, d’un Nation, d’une Communauté, obligé de respecter les législations et règlements comme par exemple l’acquittement des impôts. C’est de cet attelage raisonné et conscient que doivent découler aussi bien notre mode de pensée que notre manière d’agir. Le droit est une condition nécessaire pour organiser, structurer, réguler et fixer des limites à tout et à tous mais il serait fragile sans ce fond mental, moral et social tant individuel que collectif. L’internalisation de ces valeurs est l’élément stabilisateur de la construction d’un Etat Nation et d’une République. Sans elle, l’Etat de droit est structurellement fragile et la prolifération des moyens de la tyrannie et de la servitude est plus forte.Un Etat fort est celui dans lequel la force est à la loi et non aux méthodes brutales fondamentalement iniques. Le philosophe allemand Habermas insiste sur ce qu’il appelle le « patriotisme constitutionnel ».

C’est pourquoi il me semble que l’enjeu d’hier, d’aujourd’hui et surtout de demain pour une nouvelle espérance en Afrique réside dans notre capacité à passer du juridique aux pratiques, à ancrer les valeurs républicaines et à diffuser la culture de citoyenneté. Négocier ce nécessaire virage est, à mes yeux, la première haie à franchir pour endiguer l’expansion de la loi du plus fort et l’érection des dictatures.

La citoyenneté est bien sûr un statut mais elle est aussi faite d’actions au service de la communauté, de la cité, de l’Etat et de la République. Aussi garantit-elle des droits humains notamment la liberté. C’est le sens et l’essence même des sociétés de responsabilité et de solidarité.

Dans ces sociétés, la citoyenneté prend une dimension politique où l’homme par son vote, ses idées, ses propositions, son action économique et sociale participe de l’administration de la communauté, de la cité. C’est de là que nait le suffrage pour canaliser et structurer les opinions et les énergies. C’est par ces constructions cohérentes, discutées, pacifiquement exprimées et organisées selon des règles convenues qu’on préserve l’intérêt général et on suscite le patriotisme. C’est aussi par ce canal que nous pourrions espérer nous débarrasser de la servitude et de la tyrannie pour gonfler les voiles de l’espérance.

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