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L’Architecture de l’Espérance en Afrique (suite)

La réussite du projet fondamentalement collectif comme sus-indiqué est fonction de la force qui le porte, le protège, le décline et, in fine, en assure le contrôle et le suivi. Il a été mis en exergue l’importance des éléments structurants du pacte de changement comme moteur de la transformation économique et sociale. On les a appelés les variables qualitatives.

Mais l’histoire récente de notre continent et le spectacle du présent renvoient à d’autres variables, d’une extrême importance. Il s’agit des facteurs inhibiteurs de la démocratie en Afrique : la servitude, la dépendance et la pauvreté de masse. Elles constituent les ressorts structurels des systèmes dictatoriaux et oligarchiques. Elles donnent une forme abracadabrante à la corruption qui acquiert ici un caractère de masse. Ce n’est plus une personne ou un groupe de personnes mais des pans entiers des sociétés qui sont en cause. D’où le caractère ubuesque et caricatural du jeu démocratique en Afrique.

En effet, la culture de citoyenneté est fondée, d’abord et avant tout, sur la liberté de même que la démocratie.

Or, si pour survivre, chaque africain se doit de passer sous les fourches caudines de tout un système et une panoplie de simili dirigeants véreux comment parler de de liberté et de démocratie ? La première des libertés est, à mon avis, celle qu’on a par rapport à l’argent.

Les systèmes autocratiques sont portés, entretenus et consolidés par des mailles enchevêtrées allant du chef de clan aux guides religieux en passant par des opérateurs privés. C’est une véritable clique. La longévité des oligarchies prend ses racines ici, même dans ce maillage sociologique. Les structures et corps intermédiaires sont garrotés et manipulés. Les partis politiques indispensables à la vie démocratique sont si faibles et volatiles qu’ils n’atténuent plus les rapports de forces brutaux encore moins l’expression des intérêts privés parfois cupides et les égoïsmes en tous genre.

Or, nous savons que cette intermédiation sociale et politique est une exigence démocratique. Les partis politiques, les syndicats et les organisations de la société civile constituent des cadres où des citoyens partagent des principes et des valeurs mais aussi un idéal. Le Parti politique est l’instrument de l’engagement militant et de la conquête pacifique du pouvoir, le lieu de l’expression, de la structuration et de la canalisation des opinions et enfin, de maturation des divers projets de société. Les syndicats défendent les intérêts matériels et moraux de leurs adhérents et contribuent aux nécessaires débats contradictoires. La société civile et la presse indépendante donnent, au quotidien, par la critique, l’alerte et l’éveil, vie à la démocratie citoyenne. La fraicheur de leurs idées, leur dynamisme et la confrontation des points de vue contribuent à la régénération de la pensée et à la consolidation des libertés.

Malheureusement le contexte en Afrique est aux antipodes de cette vision pourtant conforme à l’idée qu’on peut se faire d’une République, d’un Etat de Droit, d’une Nation. En effet, partout le rouleau compresseur de la corruption et du « ventrisme » vulgaire fait des ravages.

Cette situation néfaste constitue le véritable obstacle au changement et au nécessaire métabolisme positif au triple plan mental, social et politique. Le peuple n’est pas une masse amorphe c’est un corps qui doit vivre et s’organiser en toute liberté. Sans ce socle de variables et de facteurs point de démocratie. Pendant des décennies et présentement, en Afrique et ailleurs, notamment en Occident, tous ont été abusés par des rhétoriques faciles, des clichés amusant la galerie et noyés sous les flux ininterrompus de propos démagogiques. La réalité est tout autre. Car quand l’arbitraire prend le dessus la justice l’action devient illégitime et se situe de fait aux antipodes de l’intérêt général.

C’est pourquoi, à tout moment, un Etat africain peut basculer et aller à l’aventure. Le droit est bafoué et les institutions terrassées. C’est la faiblesse structurelle des démocraties : l’absence de forces qui ont foi en un idéal démocratique commun et au respect de la force de la règle de droit. On se croirait dans un cirque où affidés nourris plus qu’adhérents, dirigeants bénéficiant de prébendes et affiliés tribaux ou ethniques ou claniques se meuvent sans vergogne.

La corruption généralisée est le véritable fléau qui pollue, à tous les niveaux, la réalité des faits. La construction du chemin de l’espérance passe par le dynamitage des verrous de la corruption, de la coercition, de la peur et de la frilosité. C’est en créant cette culture citoyenne qu’on érigera les remparts indispensables à l’expression de la volonté populaire confisquée par la brutalité et/ou la pernicieuse corruption.

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