Dans La partie précédente, nous avons analysé des variables qualitatives majeures, à essentialiser dans l’enclenchement recherché des processus socio-historiques de nature à conduire à la modernité et au progrès en Afrique.

Il s’est agi de déterminer les contours globaux d’un palier important de l’alternative que nous voulons bâtir. Construire une telle alternative, un tel modèle, requiert, de donner tout son poids et toute son importance, à cet axe central qui aura marqué l’histoire des sociétés humaines.

En effet, de la découverte de l’écriture en Mésopotamie, en Egypte et ailleurs jusqu’à nos jours, les niveaux éducatifs et culturels auront déterminé la vraie trajectoire de l’évolution, bien sûr différenciée, des hommes.

L’ensemble de ces variables qualitatives a, de tout temps, contribué à déclencher et même contingenter les mutations et les transformations qualitatives structurantes comme socle de l’évolution des consciences et des mentalités et, in fine, de la modernité.

A partir de nombreuses données statistiques que nous avons analysées, il est clair que la crise actuelle associée à un retard multiforme et la situation mortifère subséquente de l’Afrique ont des raisons profondes et complexes. On les évoque peu ou pas du tout compte tenu de leurs rapports avec un ensemble de dogmes et de croyances, en discordance totale, avec l’exigence du progrès et de la modernité.

Malgré les nombreux obstacles, accomplir la transition démographique et relever les niveaux éducatifs et culturels sont des ressorts et des lames de fond pour affronter, avec force, les défis actuels et futurs : la pauvreté de massela paupérisation et les promiscuitésla marginalisationla gestion efficace de la mondialisation et enfin la rareté.

A tous égards, nous devrions faire preuve de responsabilité et de courage pour amorcer un nouveau cycle de transformation sociale à long terme.

Bien au-delà, de ce que nous avons analysé le système de valeursla question institutionnelle et la gouvernance rénovée et ici les mutations démographiques et mentales, le cœur du cycle, à amorcer, doit être irrigué par des vaisseaux économiques efficaces, loin de toute démagogie et veuleries.

Dans ce cadre, nous avons vu, à travers quelques repères clefs, que toute société a su faire face à la rareté et à l’insuffisance par un mécanisme de régulation anthropologique, sans remettre en cause la logique individuelle du gain, de survie et de confort.

La combinatoire subtile logique individuelle et rationalité plus globale aura permis à l’espèce humaine de survivre et de traverser les âges.

L’histoire de «  la chute finale du communisme » et les régimes totalitaires associés confirment l’absurdité de la non-prise en compte de la rationalité individuelle. D’un autre côté, les exemples consignés dans l’article précédent, confirment la pertinence du choix, dans notre analyse, d’autres rationalités plus globales qui dépassent la logique individuelle.

Le dénominateur commun à ces exemples hétérogènes et divers est cette logique économique comme réponse  de l’ensemble, de la société, du groupe organisé, aux problèmes posés.

De toute cette réflexion quels enseignements simples tirés ? Le premier enseignement est l’illusion que nous avons, pour des raisons différentes, de vouloir passer outre cette double rationalité.

Le second enseignement est notre passivité coupable et complice face aux ravages associés à des taux élevés de fécondité et d’analphabétisme de masse.

Or, c’est à partir d’ici que se déploient les lames de fond de fond du progrès social et de la modernité avec, au final, la construction des ressorts structurels d’un ancrage stable de l’Etat de Droit et de la démocratie.

Les relations quasi mécaniques entre éducationalphabétisation de massebaisse de la fécondité et évolution des consciences et des mentalités et plus démocratie ont conduit Fukuyama à émettre l’hypothèse d’une universalisation de la démocratie à partir de l’extension massive de ce socle. Sans écarter la dimension universelle, restons plus modeste, en affirmant clairement que l’amorce d’un véritable changement qualitatif passe par ces paliers structurants de l’évolution positive de nos sociétés.

Dans cette perspective, s’amoncelle, devant nous, un fouillis de défis emboîtés de nature et d’échelles différentes, que nous ne sommes jamais parvenus à mettre en perspective pour traiter de manière globale et cohérente toutes les problématiques.

Enrayer la triple tragédie de la faim, de la pauvreté et de l’injustice requiert d’accomplir la transition démographiquela massification de l’investissement social dans l’éducation, la santé et la culture et le respect des droits humains.

Ce faisant, nous créerons les conditions et forgerons les ressorts indispensables au progrès et à une autre gouvernance fondée sur des institutions régulatrices et normatives.

L’évocation de quelques axiomes, de certains enseignements précités et des repères fondateurs a pour objectif d’indiquer un chemin apte à nous permettre de s’accorder au rythme de la globalisation.

Ici comme ailleurs, le temps, d’admettre le rôle majeur de certains choix dont le rôle aura été souvent occulté par la double dictature de l’urgence et du besoin est arrivé.

A cet effet, la réflexion dédiée à la transition démographique et au pacte de changement complète par certains universels humains les paliers précédemment fixés.

Dans ce cadre je voudrais partager avec vous cette citation d’Emmanuel TODD qui écrit « L’alphabétisation et la maîtrise de la fécondité apparaissent bien aujourd’hui comme des universels humains. Or il est facile d’associer ces deux aspects du progrès à la montée d’un individualisme dont le point d’aboutissement ne peut être que l’affirmation dans la sphère politique. L’une des premières définitions de la démocratie fut celle d’Aristote, qui, parfaitement moderne, associait la liberté (eleutheria) à l’égalité (isonomia) pour permettre à l’homme de mener sa vie comme il veut  ………

Des individus rendus conscients et égaux par l’alphabétisation ne peuvent indéfiniment être gouvernés de façon autoritaire ; ou, ce qui revient au même, que le coût pratique d’un autoritarisme exercé sur des populations éveillées à un certain type de conscience rend économiquement non compétitive la société qui le subit ».

En somme, l’éducation, le savoir, la maîtrise de la fécondité et donc de l’environnement associés à la numérisation, aux nouvelles technologies et à la floraison des techniques sont non seulement des ressorts d’ascension vers la modernité et des vecteurs du progrès social mais aussi des fondamentaux indispensables à l’ancrage de la culture et des systèmes démocratiques.

Par ailleurs, ces variables indiquent le chemin pour le choix le mieux adapté dans le domaine économique.

C’est le prochain palier : l’Africanisme Solidaire dans sa dimension économique.