En ce mois de septembre, rien ne pouvait éclipser l’anniversaire des attentats du 11 du même mois, il y a une décennie. Que de directs télévisés et d’émotions à travers le monde. Les réactions en chaîne aux Etats Unis et dans le monde occidental n’ont d’égal que l’engrenage épouvantable qui secoue depuis, notre planète. Aucun mot n’a été épargné : violence, terrorismeislamradicalitéAL QAEDABen LadenBushCheney etc.…

Les Américains ont montré, dans l’adversité, une union sacrée. C’est normal et légitime. AL QAEDA a frappé au cœur de la première puissance militaire du monde. Elle l’a humiliée en touchant aux symboles de cette puissance qui, avec l’effondrement du bloc soviétique et le triomphe du libéralisme, était appelée à vivre dans la bonace. Les tours jumelles tombées l’une unes après l’autre, le pentagone touché et la tentative contre le capitole et/ou la Maison Blanche. L’attaque ciblée du triptyque argent/force militaire/pouvoir politique restitue bien combien le monstre impérium américain aura été secoué. Bien sûr, comme nous l’avions dit, à satiété, rien ne saurait justifier un tel carnage. « Nous sommes tous américains » écrivait J.M.Colombani dans le journal Le Monde. Revoir ces images, les personnes pleurant des proches, des amis, des collègues et l’immense nuage bourré d’amiante et de produits toxiques bouleversent. Seuls des idéologues de la haine et de la brutalité peuvent orchestrer de tels événements. Mais qu’a-t-on fait pour enrayer la spirale de la haine et de la violence ? Le défi était de traiter les causes profondes d’une telle inhumanité. Rien ou presque n’a été fait. Bien au contraire, l’arrogance de l’Occident et la démagogie ont fait leur chemin.

Arrogance et aveuglement d’abord. La mécanique d’ensemble du monde incite à l’inquiétude. Beaucoup de variables se chevauchent provoquant une illisibilité du monde et complexifiant son évolution. Les inégalités entre et au sein des Nations se creusent sans cesse. Les crises récurrentes les exacerbent. La massification des flux migratoires dilue les repères des sociétés : l’Autre devient l’incarnation du Mal. La triple tragédie de la pauvreté de masse, de la faim et des pandémies, aux origines complexes, diffuse le mal et l’inhumanité. Dans ce tumulte, on observe une réponse au sein des communautés religieuses notamment musulmanes : la rédemption par l’islam. Ici, se sont ouverts depuis, des décennies, la conception et le formatage d’un logiciel pernicieux et ravageur qui constitue le réacteur de l’islamisme radical. De par sa nature faite d’exclusion, d’intolérance et de rejet de l’autre, il est à la base du terrorisme de masse. Le raidissement des rapports interconfessionnels n’a jamais été aussi vivace. L’épanchement de l’intégrisme en terre d’islam n’est pas récent. Son expression organisée prit forme, en Iran, avec la révolution chiite. Dans la sphère sunnite, le rigorisme en Arabie Saoudite donna naissance aux éléments les plus extrémistes d’ALQAEDA dont sa figure emblématique Ben Laden.

Plus substantiellement, dans la majorité du monde musulman, le fait religieux est présent dans toutes les sphères politique, sociale et humanitaire. Les collusions diverses entre Etats et mouvements religieux ont servi de mécanismes de prolifération du radicalisme militant porté par une galaxie de groupes activistes. Cette manière de traiter et d’organiser la religion aura abouti à sa politisation excessive et sa radicalisation. D’où l’émergence d’objectifs clairs : la guerre contre l’Occident, la conquête du pouvoir et la défense des exclus considérés comme des combattants potentiels.

Pas un état n’échappe à la propagation de l’onde de l’idéologie de la haine. A des degrés divers, on sent un profond sentiment d’injustice aux causes complexes. Les accointances des pays occidentaux avec les régimes oligarchiques dans le monde arabe, musulman et africain ajoutent une strate de haine. D’autant plus que, comme nous l’avions dit et répété, le soutien notoire aux despotes, en tous genres, ôte tout crédit aux discours sur la démocratie et la liberté.

Par ailleurs, l’aveuglement caractéristique de la politique américaine au proche et moyen orient et l’arrogance de la droite israélienne ne sont pas pour apaiser les tensions. Il y a quelque temps nous avons expliqué comment la résistance palestinienne et arabe a changé de nature et de repère : fini le panarabisme, bonjour l’islamisme militant et résistant.

Aujourd’hui, la résistance est incarnée par HamasHezbollallah et bien d’autres. A cet effet, j’appelle l’aveuglement et l’arrogance toute cette politique qui tente de passer outre et de considérer tous ces résistants comme des terroristes. Ces choix symbolisant la dénégation aboutiront, j’en suis persuadé, au désastre et au précipice. Le refus affiché (USA) et/ou perceptible (autres membres du Conseil de Sécurité) de la demande d’adhésion aux Nations Unies formulée par le Président palestinien est symptomatique de cet aveuglement. Il ne fera qu’attiser les brasiers déjà en activité entre l’Occident et le monde arabe et musulman. Il sonnera le glas des derniers gravats de la crédibilité fortement lézardée de la résistance palestinienne nationale et laïque. Par effet mécanique, cette attitude arrogante et contre-productive servira de nouveau ressort à ceux contre lesquels le monde lutte : les idéologues de l’intolérance et de la haine.

Je crois, pour ma part, que sans Etat palestinien indépendant Israël disparaitrait tôt ou tard à moins qu’on utilise, une nouvelle, fois les armes de destruction massive comme on l’a fait au cours de la seconde guerre mondiale. Les Accords de paix déjà, signés risqueraient d’être remis en cause. La déclaration du Premier Ministre égyptien en Turquie alerte et esquisse une indication sur le prochain parcours. Ce qu’ils n’ont pu obtenir par les armes les peuples arabes et musulmans veulent y accéder par les urnes. La démocratie a ses exigences et la légitimité populaire ses contraintes.

Démagogie enfin. Ceux qui pensent que le monde est immuable, dans sa configuration actuelle, se trompent. Chacun des Etats Nations actuels pourrait disparaitre. La mondialisation irrésistible nous réduit, notamment les plus petits, à des stigmates susceptibles de dilution.

Cette affirmation vaut pour les autocrates qui vont disparaitre les uns après les autres. La démagogie distillée, des années durant, par les systèmes despotiques considérés comme des remparts contre l’islamisme, le terrorisme et l’immigration clandestine a fait long. Elle s’est fracassée sur la réalité. Les flots de l’espérance l’ont noyée en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yémen. L’onde n’est qu’à ses débuts. Elle traversera l’Afrique subsaharienne.

Le monde est sous la triple menace de l’aveuglement, de l’arrogance et de la démagogie. Elle risque en effet, de le conduire à l’abîme. La récession économique ne fait qu’aggraver ce risque.