Les attentats en Norvège sont symptomatiques de cette pathologie insidieuse que nous dénoncions depuis, la mise en ligne de ce blog. L’accusation hâtive du fondamentalisme musulman en est la parfaite illustration. Les actions diaboliques de Monsieur Anders Behring Breiviknorvégien de souche, créent un nouveau LunaPark aux sociétés occidentales, à toutes les sociétés occidentales. Et, si le diable était d’origine endogène ? N’est-il pas secrété par la prolifération des extrémistes et la diffusion de l’idéologie de la haine ?

Aujourd’hui, on observe, un peu partout, une banalisation du racisme, du rejet de l’autre, de l’intolérance et de l’apologie de la brutalité. Même le racisme notoire à l’égard du Président OBAMA est toléré. On tente de le dissimuler en nageant dans les marécages des questions économiques, double héritage de Clinton et de Bush. Cette attitude grotesque d’une certaine élite américaine n’émeut personne. Comment croire aux valeurs universelles quand l’intolérance fait peau neuve dans l’une des plus grandes démocraties du monde. En fait, l’extrémisme n’est pas que musulman. On en retrouve des modèles partout : la radicalité de l’Hindouisme, l’évangélisme latino-américain, le Catholicisme réactionnaire, les populismes de droite.

La première décade du XXIème siècle augure d’une phase difficile. Depuis, les attentats du 11 septembre, on assiste, malheureusement, à un embrasement de l’horreur (je ne parle ici ni de la camorra ni des réseaux du grand banditisme mais de personnes ordinaires)terrorisme de massetueries en série, y compris dans les écolesprofanations des tombesaiguisement des schismes classiques entre et au sein des sociétésraidissement des mouvements islamistesnouveaux étendards de la résistance araberigidité du gouvernement israélien.

C’est à ce fouillis inextricable que l’humanité doit cette brutalité ambiante. L’Occident qui a dominé depuis, plus de cinq siècles, le monde à travers son mode de pensée et d’organisation et enfin ses valeurs, a vacillé et même capitulé, face à l’islamisme radical et aux errements de nombreux groupes intolérants. A notre grande surpriseon voit tout l’Occident glisser sur la pente dangereuse du rejet de l’autre. Servant aux pires turpitudes des gouvernements occidentaux, la lutte anti-terroriste leur aura fait perdre les gouvernails-repères et les valeurs d’humanisme et de tolérance.

L’essoufflement du modèle occidental n’explique pas tant d’horreur et de brutalité. Il en représente cependant l’une des lames de fond.

En effet, avec l’écroulement du bloc de l’Est, un boulevard s’ouvrit à l’Occident Démocratique et Libéral, avec son socle de valeurs. Au-delà de la dimension économique plus évoquée et plus invoquée, des valeurs vont acquérir une universalité assez prononcée : libertédémocratietolérancereconnaissance des droits individuels et de tous au respect et à la dignité. L’ancrage de ces valeurs garantissait, à terme, un adoucissement des mœurs et une pacification accrue des relations humaines.

La fin de la guerre froide donnait plus de légitimité et de poids aux démocraties libérales et, in fine, ôtait tout crédit aux régimes communistes et/ou simili totalitaires.

Cependant ce triomphe n’a en rien entamé la vivacité des schismes, à l’échelle de la planète : fractures religieuses et culturellessituations conflictuelles d’essence géostratégique.

Nous avons tous, en mémoire, les contradictions millénaires entre les religions qui ont rarement cohabité en bonne intelligence. Les sempiternels heurts interreligieux sont, pour beaucoup, dans la construction des rapports au sein et entre les sociétés.

En effet, depuis la nuit des temps, les croyances religieuses ont secrété des guerres et engendré de nombreuses incompréhensions et d’inextricables suspicions.

Mais, ce que nous vivons, présentement, est d’une ampleur sans précédent : la coexistence pacifique entre étatspeuplessociétés et communautés devient, chaque jour, un défi planétaire. La menace diabolique qui pèse sur nos vies découle de là.

Aux schismes d’essence religieuse et métaphysique s’ajoutent des raisons réelles et/ou potentielles de déflagrations : effets cumulés des variables explicatives de la violence et de la brutalitébanalisation-comme évoqué plus haut- de l’intolérance et du racisme, rivalités de pouvoir, foyers pluriels de conflictualité, terrorisme de masse. Chaque raison restitue et fige un faciès de l’humanité, dans sa complexité. D’aucuns penseront, à une certaine forme d’étanchéité, entre toute cette panoplie de raisons qui plante le décor du théâtre mondial. Etanchéité ? Non.  La mondialisation et ses vases communicants confèrent à tous ces phénomènes des ramifications insoupçonnables.

A cet effet, je crois que les actes diaboliques du norvégienBreivikdécoulent en fait du rejet de l’autre, le musulman, en l’occurrence. Ce rejet concerne aussi les norvégiens censés être les plus tolérants.

En effet, les attaques ont visé, principalement, le parti social-démocrate norvégien. C’est le fruit abject de l’action d’une extrême droite intolérante et raciste.

D’ailleurs, l’éclosion croissante des discours racistes et xénophobes et la banalisation, en Occident, des partis extrémistes (Front NationalTea Party pour ne citer que ceux-ci .) ne pouvaient aboutir qu’à ce nouveau Luna Park fait de haine, d’animosité et d’intolérance. L’extrême droite a frappé en Norvège. Elle le fera ailleurs.

Je crois, pour ma part, que nous devrions organiser un combat solidaire et mondialisé contre les valeurs inhumaines et l’intolérance d’où qu’elles viennent.