Tout au long de l’année écoulée, nous n’avons pas baissé nos armes pacifiques : réfléchiragiter des idéestenter d’éclairer et, si possible, esquisser des solutions et fixer des repères. Comme je l’écrivais dans mes mots de vœux, à l’occasion du nouvel an, on croirait l’histoire de retour. L’actualité nous a tenus en haleine, sans relâche. Les événements se succédèrent sur toute la planète. Ils retentiront sur le cours actuel de l’histoire. Chaque événement exprime, à sa façon, et représente une manière d’influer sur la condition humaine. Et, donc malgré, leur dimension événementielle, tous ces facteurs ne sont pas conjoncturels. Ils sont d’une nature et d’une portée plus profondes

Comme je l’affirmais dès la mise ligne de ce blog, mon centre d’intérêts, ma préoccupation première, c’est l’Afrique, son passé, son présent et son devenir. C’est le prisme structurant de toute ma réflexion. C’est aussi le sens et l’essence de mon engagement

L’actualité très dense nous renvoie à nos propres problèmes structurels. Le printemps arabe, terme utilisé pour évoquer les bouleversements survenus dans certains états, a touché trois pays africains et pas les moindres : Egypte, Libye et Tunisie. L’onde de transformation a traversé notre continent. Néanmoins le chemin est encore long et sinueux. Les défis sont immenses. La situation n’a jamais été aussi préoccupante. Le désespoir gagne du terrain tous les jours. Il abîme les conditions de vie des personnes adultes, chaque jour, davantage inquiètes pour leur vie et l’avenir de leurs enfants. La jeunesse désorientée trouve refuge et rédemption sur des terreaux parfois dangereux dont le plus notoire est l’extrémisme.

Les difficultés économiques mondiales assombrissent les horizons. La baisse drastique de l’Aide Publique au Développement, les difficultés d’accès à d’autres ressources soumises à des conditionnalités draconiennes souvent inutiles et la mal gouvernance exacerbent l’affaissement généralisé.

Et, pourtant l’Afrique est un continent riche ou plutôt potentiellement riche, sa population jeune plus instruite qu’avant, une classe émergente d’entrepreneurs dynamiques, une batterie de secteurs productifs et marchands en friches, un trésor de cadres compétents et inventifs. En fait, les possibilités et les capacités d’une renaissance africaine existent. Mais les choix faits jusqu’ici se sont révélés suicidaires en tout cas contre productifs. La démagogie, le népotisme, la corruption et l’arrogance ont pris le dessus sur la raison et l’intérêt général.

C’est dans ce cadre qu’il faut replacer nos multiples errements, nos voltefaces récurrentes et nos choix inappropriés parfois, destructeurs.

L’enjeu aujourd’hui, en 2012, comme hier, pour toutes les décennies passées, est de bâtir un chemin qui épouse les contours globaux de l’histoire mondialisée. Notre cheminement individuel et collectif  ne saurait être atemporel. Il doit au contraire tirer ses ressorts du passérépondre aux préoccupations présentes et s’inscrire dans la durée. En somme, contrairement à nos habitudes, il s’agira d’une véritable construction.

Je le sais d’avance : tout est prioritaire en Afrique : infrastructures, appareil de production, éducation, santé, faim, injustices etc…  La plus mauvaise réponse est le saupoudrage diffus et l’incohérence.

C’est pourquoi la phase fondatrice pour un homme d’état, un dirigeant, un chef d’orchestre est de répondre à cet amoncellement de problèmes à travers une vision, un projetapte à donner du sens, de la cohérence aux choix faits. Cela permet de mettre, en ordre, les priorités.

Par le passé, ce travail était du seul ressort de personnages souvent loufoques : GuidePère de la NationHomme Providentiel. C’est la cause première de l’abîme. Les régimes totalitaires et communistes auront conduit au désastre qu’on connait. Le verdict de l’histoire est implacable.

Les temps ont changé, les repères aussi. Le véritable Homme d’Etat est celui qui exerce son pouvoirson autorité en se conformant à son temps. Ce dernier est celui de la construction. Les Africains notamment les jeunes ont besoin de balises pour l’avenir, des raisons d’adhésion au projet de leurs pays et de mécanismes clairs d’implication dans les processus décisionnels.

Est-il possible d’envisager une telle démarche dans l’Afrique d’aujourd’hui ? Dans la configuration institutionnelle oppressante et inique présente la réponse est non.  C’est pourquoi dans la nouvelle vision figurent en bonne place les viatiques refondateurs suivants : règles du jeu et institutions, ancrage du binôme démocratie/liberté. Cela répond à une double exigence d’avenir : la fin des oligarchies corrompues et incompétentes et la démocratisation de la vie publique.

J’entends déjà, beaucoup de cassandres de l’ordre établivitupérer la préconisation d’une telle priorité. Cela prête à sourire et révulse surtout. Il ne saurait y avoir de renaissance avec une telle absence et/ou vacuité des institutions. En organisant et instituant la double fonction normative et régulatrice, on endigue de fait l’omnipotence d’une personne, d’un groupe, d’une institution notamment l’exécutif ici en Afrique. Seule une société organisée peut cheminer sur des principes aujourd’hui universalisés : justiceéquitéégalitéintérêt collectif.

Endiguer toute forme de tyrannie est un enjeu majeur, un élément structurant et un gouvernail essentialisé dans la nouvelle vision. C’est l’Etat de Droit.

Le nouvel Etat Nation Africain sera légitime, impartial et respecté. Il aura la lourde responsabilité de prendre en charge le Pacte de Changement. (à suivre).