J’avais écrit que dans nos sociétés africaines d’aujourd’hui l’institutionnel tient l’économique et le social. Néanmoins suffit-il de mettre en place un Etat de Droit pour résoudre toutA l’évidence, la réponse est non.

En effet, l’Etat de Droit et le système démocratique qu’il matérialise et fait vivre sont fragiles sans un ancrage profond dans les sociétés et l’émergence de la citoyenneté.

En donnant corps à une croyance collective particulière et quasi transcendantale, le nouvel Etat diluerait à terme les autres repères pervers tirant leurs sources dans l’ethnie, la race, la religion, la tribu ou le clan.

Par ailleurs, c’est par ce biais et, ce biais seulement, que vont éclore des valeurs communes et des ambitions partagées.

Etat de Droitvaleurs communes, nouveaux principes moraux et sociaux et enfin, ambitions partagées constituent des pans essentiels de notre devenir à construire. La vitalité et la soutenabilité de ce socle reposent sur la pluralité des opinions et des organisations, la sincérité des élections, la liberté de la presse, le respect des libertés individuelles et collectives et l’éclosion d’une société civile dynamique.

Dans un souci de consolidation de la démocratie, de la diffusion du pouvoir et d’une implication accrue des populations dans les processus décisionnels, une véritable politique de décentralisation doit figurer en bonne place dans la vision, dans le projet, dans la construction. C’est non seulement une exigence de transformation démocratique et mentale mais il s’agit aussi de donner aux territoires leur vocation de leviers de croissance et de richesse et de cohésion sociale et nationale. En fait, démocratie représentative et démocratie participative doivent désormais aller du même pas. C’est le sens de l’histoire et une manière d’organiser une constante régénération de la pensée.

La régénération de la pensée, le relèvement des niveaux éducatifs et culturels, l’acquisition des connaissances et la lutte contre l’analphabétisme de masse sont et doivent être les véritables réacteurs de la renaissance recherchée et convoitée. Il ne saurait y avoir de projet de transformation sociale et démocratique sans création de terreau fertile durable. C’est le rôle de l’école comme cadre de formation des hommes, de vecteur d’ascension vers la modernité, de source d’éclosion d’une double conscience d’une communauté de destins et de l’impératif de préservation d’un patrimoine commun de valeurs morales.

Au-delà de l’école, nous savons qu’en Afrique l’analphabétisme de masse fait des ravages. D’où cette nécessité de jouer sur deux versants : l’éducation classique et celle réservée aux adultes et aux ouvriers et artisans aux nombreux métiers spécifiques.

Sans cette mécanique éducative et culturelle, les réformes institutionnelles et politiques resteraient à la fois bancales et fragiles. La nécessaire spongiosité des mentalités aux idées de progrès et de justice passe par là.

D’ailleurs notre histoire, celle de l’humanité, nous gratifie d’explications et d’exemples éloquents. En effet, dans le socle de l’odyssée humaine, les changements de grande ampleur sont passés par ces mutations mentales et sociales. Celles-ci enclenchent un écheveau d’interactions et de rétroactions qui transforment en profondeur tous les substrats sociétauxsociologiqueséconomiques et politiques. N’est-ce pas le véritable objet de toute politique ? On retrouve ces enseignements utiles à la Renaissance, au siècle des Lumières et plus près avec la mondialisation ou plutôt les mondialisations amorcées depuis, le XVè siècle. Là résident aussi les raisons profondes de la domination de l’Europe et des Etats Unis du XVIIè au XXè et la suprématie en construction de l’Amérique Latine et de l’Asie.

A ce titre, notre vision, notre renaissance seront consubstantielles de nos capacités à mettre en perspective et au cœur du processus de transformation ces variables qualitatives qui forgentconsolident et approfondissent le progrès et, fine, le développement. Le binôme démocratie représentative et démocratie participative en garantira la nécessaire légitimité, le renouvellement constant et l’ancrage solide. Il ne saurait t’y avoir de projet de société que collectif. A partir de là, la voie est indiquée et les repères fixés sur la base de ces fondations. (À suivre..).