L’Afrique : Amoncellement De Verrous, Obstacles Au Développement

Un Cadre Bioclimatique : Diversité et  Coercition

Dans son ensemble, notre continent, l’Afrique offre une mosaïque de cadres bioclimatiques allant des forêts équatoriales, avec leurs chaleurs moites et haletantes, aux déserts du Sahara  (8 millions de km2) et du Kalahari (900 milles km2) et leurs chauds effluves, en passant par les forêts claires, les savanes et les brousses arborées. La méditerranée lui permet de faire face à l’Europe et, l’isthme de Suez, traversé par un canal du même nom, l’arrimage à l’Asie.

L’individualisation des grandes bio-unités découle, pour l’essentiel, de la tonalité intertropicale du climat global. Le gradient thermo-hygrométrique introduit des nuances typées à cause de l’influence des océans, des hautes terres, de masses d’air et de courants (courants des Canaries, Bengale)  à impact majeur. De manière générale, le cadre climatique de l’Afrique allie surabondanceraretéinsuffisancealéas etc… Nombre d’obstacles au développement lui sont associés.

Ethno diversité, schismes et disparités

Cette réalité géographique d’une extrême hétérogénéité est complexifiée par une ethno-diversité humaine particulière qui offre, potentiellement au continent africain, une certaine richesse culturelle, on s’en doute, mais, elle est à la base d’un morcellement inextricable en ilots géographiques inhibiteurs de cohésion et de stabilité.

Aux fractures ethniques et aux schismes latents et/ou éruptifs s’ajoute une division en entités étatiques qui font de notre continent, celui où les clivages territoriaux sont les plus marqués.

Aujourd’hui, près de cinquante-trois états souverains auront été érigés en épousant, dans la plupart des cas, les frontières héritées des phases successives de la colonisation. A cet effet, les décisions prises, à Berlin, entre 1884 et 1885, auront constitué les vrais marqueurs du découpage actuel et ouvert de vastes espaces de concurrence aux empires coloniaux. L’objectif de la conférence de Berlin aussi offensant que brutal (vu d’Afrique) était « de régler, dans un esprit de bonne entente mutuelle, les conditions les plus favorables au développement du commerce et de la civilisation dans certaines régions de l’Afrique ».

Bien avant cette conférence, Jules Ferry disait « La politique coloniale est fille de la politique industrielle. La consommation industrielle est saturée ; il faut surgir des autres parties du globe de nouvelles couches de consommateurs, sous peine de mettre la société européenne en faillite ».

En tout état de cause, pendant cette phase coloniale, la furie des principales puissances coloniales a impliqué une fragmentation et des clivages qui n’ont d’égal que leur appétit sans limite. La bataille fit rage parfois, souvent même, autour des grands organismes fluviaux, espaces de production, d’échanges et voies de pénétration, par excellence. Possessions, en vertu d’accords divers, et zones d’influence se chevauchaient et se confondaient.

Discontinuités et Fractures

Les implications multifactorielles des délimitations ainsi créées, pires héritages de la colonisation, vont bien au-delà, des dimensions matérielles des territoires réels. Elles ont non seulement clivé et fragmenté mais, elles ont surtout engendré des discontinuités humainesreligieuses et anthropologiques à la base de nombre de conflits inter et intra nationaux. On peut citer à titre indicatif  l’île de Bakassi entre le Cameroun et le Nigériale Sud Soudan, le Rwandale Burundila République Démocratique du Congol’Angola etc.…

Le premier mouvement d’explication des conflits inter états consiste en une invocation de l’artificialité des frontières plus vivace ici, qu’ailleurs. L’arbitraire, soutiennent certains, oubliant au passage que le tracé d’une frontière, de n’importe quelle frontière, est par essence arbitraire. Il est toujours le fruit d’un choix politique et donc, des hommes, en position de domination, bien sûr.

La suite de l’histoire confirmera la sanctuarisation de cet axiome. En effet, en dépit de ce lourd héritage que beaucoup d’africains ont dénoncé et dénoncent toujours, l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation a été érigée en dogme. La naissance de l’Organisation de l’Unité Africaine va davantage le sacraliser. En 1964, l’OUA va édicter « respecter les frontières existant au moment où les Etats ont accédé à l’indépendance nationale ». Pas un discours officiel ne passe sans cet axiome, rappelé à tout bout de champ. C’est un viatique de toute action politique. Il aura servi à tant d’errements et au foisonnement de micro nationalismes ravageurs.

D’ailleurs, les tentatives de remise en cause de ce principe et l’absence de délimitations précises ont engendré des conflits armés ouverts.

A ce stade, et, dans la perspective de notre construction, je voudrais tirer quelques enseignements d’une nature et d’une portée très profondes.

La fragmentation et les clivages en tout genre, le lourd héritage colonial, entre autres, source de nombreux conflits, en constant renouvellement et les discontinuités voir les déchirures à forte tonalité humaine, constituent de vrais obstacles au développement de l’Afrique. On observe souvent la transformation de nombreux pays, préalablement structurés et organisés en champs ruiniformes où règne un chaos ahurissant. Le Libéria, la Sierra Léone, la Guinée Bissau, pour ne citer que ceux-ci, constituent, à cet égard, des exemples éloquents.

Même, la paisible et grande Côte d’Ivoire de Felix Houphouët Boigny a flirté avec la décompositionune décennie durant. Le partage en deux zones, le nord et le sud, laissera des traces indélébiles. Il pèsera lourdement sur le devenir de ce pays majeur de l’Afrique de l’Ouest et toutes les grandes organisations sous régionales la CDEAO et l’UEMOA. L’exemple de la Côte d’Ivoire est symptomatique de la fragilité de nos Etats en dépit, des apparences.

Verrous et Obstacles au Développement

Par ailleurs, dans l’article consacré au « Vrai du Pacte de Changement », nous avons démontré que certains universels humains, indicateurs significatifs, dans l’évaluation des capacités de nos pays et de nos sociétés à répondre à la triple l’exigence de la transformation démographiquementale et culturelle, affichent un ancrage extrêmement tenu ou quasi inexistant. L’indice de fécondité de l’ordre de est le plus élevé au monde. Il explique les fortes discordances, inégalées mondialement, entre le croît démographique et la croissance économique. Il s’agit là des plus gros handicaps. Globalement, dans ce même article précité quelques éléments d’analyse utiles et pertinents ont été déclinés. Ils participent de la réflexion sur ce qu’il faut faire pour se sortir de cette situation mortifère.

Cet ensemble de freins au développement et au progrès est aussi, à l’origine, de la vacuité, de la faiblesse structurelle et de l’iniquité des Etats Nations en AfriqueL’Etat Nation africain, dans sa configuration actuelle, est à la fois le reflet tangible des conditions insoutenables sus évoquées et le cadre de leur exacerbation. Les conditions socio-historiques de sa construction en ont fait un Etat prédateur et la guerre froide, ajoutée aux autres schismes, l’a perverti.

Dans les faits, de 1955 à 1965, on va assister au vaste de processus de décolonisation de la plupart des pays africains si l’on excepte les territoires sous domination portugaise (Angola, la Guinée Bissau, le Mozambique) et britannique (Namibie et Zimbabwe). Le cas de l’Afrique du Sud sera traité à part.

L’accès à l’indépendance sera porté par une ambition forte éloquemment exprimée par une volonté politique réelle bien restituée par une déclaration de K.NKRUMAH qui disait « Prenez le royaume politique. Le reste vous sera donné de surcroît ».

Mais, très vite, les africains vont déchanter. Les obstacles massifs vont se dresser sur le chemin. Le cadre contraignant de l’économie mondiale et les asymétries des rapports d’échanges, les héritages coloniaux lourds de conséquences, le caractère inhibiteur des niveaux éducatifs et culturels, les fractures tribalo-ethniques et les limites structurelles associées au caractère exsangue des économies vont finir d’assombrir les horizons.

(La suite traitera des questions posées et indiquera des pistes en cohérence avec le modèle décliné).