Dans mon blog, à aucun moment, l’ex guide libyen n’a bénéficié d’une quelconque indulgence. Nous avons insisté sur la paranoïa pathologique du personnage et le régime de terreur et de servitude auquel il a soumis, quarante-deux ans durant, le peuple libyen.

Toute la gentry kadhafienne aura suivi le père dans ses pires pérégrinations et ses insolentes turpitudes. Le premier mouvement conduit à cette réflexion déclinée dans l’ecclésiaste« Tout est vanité et pâture de vent ».Le Roi des Rois Africains est tombé comme un vulgaire personnage. La bonace a conduit à une fin tragique. Chaque dirigeant doit méditer ce triste sort. Je crois que l’ex guide libyen n’est pas le seul à penser être au-dessus de tout, de la mêlée, de la plèbe, des lois. Il est invincible. Il maîtrise tout. La raison et le bon sens incitent au contraire. Aucune personne, si puissante soit-elle, ne maîtrise rien. Un grain de sable peut faire sauter les verrous les plus solides.

La deuxième leçon renvoie à ce qu’on disait à propos de la Libye : l’absence totale d’attributs d’un Etat organisé hormis le patchwork institutionnel qui permettait de confiner des millions de personnes dans la servitude. Les Comités Révolutionnaires, en somme une foule d’agents de renseignements et une milice, auront été noyés et cuits par les laves de l’espérance. L’absence de ces attributs est le premier grand défi du Conseil National de Transition. Comment rebâtir un Etat dans un pays fondamentalement tribalisé et bédouin ? La configuration tribalo-régionale de la Libye est marquée par des schismes profonds.

Par ailleurs, le Conseil National de Transition est lui-même traversé par des courants antinomiques dont les plus importants sont les libéraux laïcs, les islamistes et les tribalistes.

Le choix d’une démocratisation selon le processus classique (constituante, élections) ira dans le mur. Je parie que la stabilisation de la Libye prendra des années voir des décennies. Troisième leçon.

La quatrième renvoie au suicide collectif de la famille naturelle de Kadhafi notamment ses enfants. Ils auraient  et pu négocier, à temps, et éviter, in fine, un tel naufrage.

Mais, Aldo Naouri n’écrivait-il pas sagement « Amener un enfant à renoncer à l’exercice de sa toute-puissance, ce n’est pas seulement être assuré d’avoir réussi à mener à bien la partie la plus essentielle de son éducation, c’est pouvoir envisager sur un mode relativement serein sa grande enfance, son adolescence, son accès à l’âge adulte et même le sort de sa descendance ».

En revoyant, avec quelle arrogance, ses fils s’adressaient aux masses en détresse, on comprend bien la portée de l’affirmation l’honorable Aldo Naouri.

La cinquième découle de l’assassinat de Kadhafi. Personne ne saurait se réjouir de la mort d’une personne humaine. Une foule, même en détresse n’a pas le droit ni de juger et encore moins d’exécuter. L’ex guide libyen aurait dû être jugé dans des conditions transparentes.

On ne saurait défendre des valeurs de justice, de liberté et de démocratie et assassiner une personne sans procès équitable. Cette attitude arbitraire est lourde de conséquences pour la suite. Comme il l’a dit : il est mort en combattant. Comme tous les libyens il appartient à une tribu qui cherchera tôt ou tard à le venger. Cette vengeance sera sanglante. Sous-estimer cette dimension basique de la culture bédouine c’est faire preuve d’amnésie lourde de conséquences et d’infantilisme outrancier et contre-productif.

Par ailleurs, contrairement aux idées reçues beaucoup de personnes combattaient pour le défendre. Et, ils ne sont pas tous des Kadhafa. Dans quelque temps, les réseaux pro Kadhafi se réorganiseront. On ne doit pas exclure l’éclatement d’une seconde guerre civile.

Enfin, le désordre créé en Libye aura irrigué, six mois durant, tous les réseaux hors la loi dans cette vaste zone saharo-sahélienne. L’insécurité s’exacerbera pour longtemps.

Espérons que nous arriverons, ensemble, à relever les défis subséquents aux événements en Libye.