Tout système de représentations, toute idéologie, tout modèle, est en soi une manière pour les personnes humaines de jeter un regard sur le monde qui se transforme, sous leurs yeux, à une vitesse vertigineuse.

Naturellement, la décantation est graduelle. Mais, l’amoncellement des défis installe, sur un rocking-chair, la nécessaire cristallisation de ces idées. L’univers mieux connu s’évanouit alors qu’émerge un nouveau plus complexe et plus insaisissable.

Le spectacle du présent, à l’échelle mondiale, esquisse les contours de lendemains inquiétants.

La crise économique s’est accrue. Les perspectives s’assombrissent. Les plus optimistes pensent qu’on verra le bout du tunnel d’ici à une dizaine d’années en Europe. Aux Etats Unis le contexte n’est guère plus reluisant. Les pays dits émergents connaissent une langueur sensible de leur croissance. En fait, ils ne sauraient vivre dans la bonace alors que leurs principaux clients sont dans une situation exsangue. Même s’ils s’en sortaient ils ne peuvent jouer le rôle dévolu, à ce jour, au monde occidental. L’habitude, l’expérience et l’engagement leur manquent cruellement.

D’ailleurs, la baisse sensible des investissements et de l’Aide Publique au Développement, en Afrique et ailleurs, confirme cet état de fait.

C’est pourquoi j’ai la conviction que la question centrale posée à toute l’humanité est la suivante : comment donner corps à la volonté de changer dans le monde d’aujourd’hui ? Le pouvoir politique est désormais détenu par les marchés financiers. La quiétude est celle qu’imposent les financiers notamment les agences de notation, les investisseurs, les banques. La légitimité populaire est foulée au sol au nom de l’orthodoxie financière. La Grèce n’a pu organiser un référendum pour demander aux fonctionnaires, aux classes moyennes et aux pauvres s’ils étaient d’accord ou non sur une saignée qui ira jusqu’en 2020. On peut avancer tous les arguments qu’on veut : la légitimité populaire est contestée par ceux-là mêmes qui en faisaient un élément structurant de leur système de décision. Cela signe la victoire de l’argent et donc la cupidité, sur les valeurs.

Le ressort de notre âge actuel est l’argent. A contrario pour l’âge industriel c’était le progrès.

Cette mutation profonde et dangereuse implique un ressaisissement des politiques pour fixer des règles à ce qui est devenu un casino planétaire. Régulation de la mondialisation et retour aux valeurs des Lumières sont les clefs de notre devenir. Attendre et différer pourraient conduire au désastre. Affrontons cette horde de cupides.