Notre site est celui des citoyens d’Afrique c’est-à-dire les plus humbles citoyens du monde et de tous ceux qui se soucient de la situation, à tous égards, critique de ce continent meurtri.

Il se veut, d’abord et avant tout, un espace de réflexion, de production, d’échanges, de maturation et de construction des réponses aux défis qui nous interpellent.

Il est entièrement dédié, comme indiqué dans le texte intitulé Ouverture, à la réflexion sur le devenir de l’Afrique tel qu’il peut et doit être dessiné en 2010 c’est-à-dire à la fin de la première décade du XXI éme siècle qui a vu la planète entière secouée par un amoncellement de déflagrations majeures. La fin de cette première décade consacre pour nombre de pays la célébration d’un demi-siècle d’accès à la souveraineté internationale. C’est un laps de temps court dans notre longue odyssée. Il aurait dû constituer une étape fondatrice. En tout cas, cela a surtout coïncidé avec une succession d’événements planétaires majeurs. 

En effet, les attentats du 11 septembre et les réactions en chaîne subséquentes, le tsunami financier consécutif à l’explosion de la bulle immobilière associée à une spéculation boursière et, in fine, la récession économique, la dérive droitière du gouvernement israélien, le raidissement sans précédent de nombre d’extrémismes et l’échec du Sommet de Copenhague constituent des marqueurs de l’histoire contemporaine de l’humanité.

Ces événements sont tous des éléments d’une profonde crise qui va façonner notre devenir collectif. Tous les continents, les subcontinents, les pays, les peuples, les foyers ont été touchés. Les trois grandes religions du monde ne sont pas épargnées : l’islam perverti par un fondamentalisme outrancier, source de nombreux errements aux conséquences parfois tragiques, le christianisme avili par une avalanche de scandales à répétition de pédophilie et le judaïsme confronté à un antisémitisme sans précédent sans cesse nourri par l’embrasement du conflit au proche et moyen orient.

Chacun des marqueurs pris à part ne saurait rendre compte de l’ampleur de la crise actuelle de l’humanité. Le monde, on le sait, a connu des crises, des moments difficiles, deux guerres mondiales. Mais, celle que nous vivons présentement est certainement d’une magnitude sans égale. Elle va induire mécaniquement de nouveaux bouleversements.

De manière générale, dès lors qu’il y a crise, s’exacerbent les contradictions, s’aiguisent les schismes et s’accélèrent les mouvements associés à des lames de fonds préalablement imperceptibles.

L’histoire des sociétés humaines fixent des repères éloquents : la crise 29, le nazisme et, au final, la seconde guerre mondiale. D’un autre côté, cette même histoire renseigne qu’une crise peut aussi être salvatrice et fondatrice. On peut citer, à titre d’illustrations, les révolutions démocratiques de 1848 comme implications de la crise économique européenne de 1846, la seconde guerre mondiale et le modèle fordiste des trente glorieuses, la seconde guerre mondiale et la naissance des Nations Unies dans le droit fil de la Charte de l’Atlantique. On peut continuer à décliner les repères dans les deux sens.

Attachons- nous, d’abord, à réfléchir à fixer quelques repères éclairants associés aux crises majeures en relation avec l’émergence de nouveaux pays et donc de la configuration de l’ordre international et, in fine, des rapports des forces à l’échelle mondiale.

Nous savons que la dépression observée, à l’orée du XX éme siècle, a induit l’émergence des Etats Unis d’Amérique et du Japon. Celle de 1929, le partage du monde entre deux blocs Est et Ouest avec chacun un régent. Cette bipolarisation restera un marqueur de la seconde moitié du XX éme siècle.

La chute du mur de Berlin aura consacré le processus à la fois lent et brutal de la fin de la bipolarisation et la double désintégration de l’Union Soviétique et de son empire.

La fin de la bipolarisation a été vite célébrée comme une victoire du bloc ouest avec ses valeurs et un triomphe du capitalisme. Naïvement, on a pensé que l’ordre mondial est devenu d’un coup unipolaire avec un seul régent : les Etats Unis d’Amérique et leurs alliés.

Très vite, les nouveaux maîtres du monde vont aussi imposer un modèle néolibéral avec trois ruptures fondamentales : faire sauter le verrou rooseveltien de régulation/encadrement de la sphère financière, kennedien d’un meilleur équilibrage de l’espace économique et enfin la financiarisation outrancière. Les spectaculaires et bénéfiques découvertes/innovations du dernier quart du XXIème siècle serviront de terreau et de vecteurs essentialisés dans la marche vers la prospérité promise par la nouvelle économie. Ronald Reagan et Margaret Thatcher vont imposer une dérégulation sans précédent. Les mécanismes de financiarisation de l’économie se multiplient et se sophistiquent. Cette financiarisation et l’omnipotence des marchés auront engendré la destruction insidieuse de l’Etat et l’évanescence durable du pouvoir politique come mécanisme de protection et de régulation. Tout l’héritage des sociétés humaines est bafoué au nom d’une certaine modernité. Et, pourtant, nombre d’Etats sauveront du naufrage qu’aura connu Lehmann Brother de prestigieuses institutions bancaires.

Dans ce cadre la mondialisation prendra un envol foudroyant malgré, les alertes récurrentes qui sont autant de preuves éloquentes d’un monde malade. Les bulles se succèdent : Internet en 2001 et récemment celle des subprimes en plus des secousses de 1982, 1987, 1994, 1997, 1998 etc.

 Une nouvelle mondialisation étend son couvercle à toute la planète avec l’émergence de nouveaux pays devenus puissants : la Chine, l’Inde, le Brésil et dans une certaine mesure la Russie de Vladimir POUTINE.  Les taux de croissance industriels des trois premiers qui sont respectivement supérieurs à 20%, à 12% et à 8% confirment cette tendance lourde. Alors que ceux de grands pays comme la France sont proches de zéro.

Dans les faits cette émergence crée mécaniquement de nouveaux rapports de force qui structurent un ordre international nouveau fondamentalement multipolaire avec une hiérarchie fortement remaniée.

Donc le monde se transforme. Les mutations s’opèrent à un rythme vertigineux. Dans ce monde gros d’incertitudes et d’angoisses, l’Afrique est marginalisée. Elle concentre malgré quelques signes positifs un concentré des maux de l’humanité.

Face à cette situation comme je l’écrivais moi-même dans mon dernier ouvrage le premier mouvement doit consister à analyser pour apprendre et, in fine, comprendre le système monde par essence labyrinthique et l’environnement mondialisé.

Nous avons perdu trop de temps pour être du voyage dans le paquebot planétaire. Après plus d’un demi-siècle d’indépendance, nous avons vécu dans un mirage de certitudes, dans un flot de démagogie et sous un torrent de valses-hésitations. A aucun moment, nous n’avons pu dessiner des projets de transformation sociale à long terme sur la base de modèles cohérents de développement. De décalques en singeries, l’impasse a toujours été au rendez. Aujourd’hui s’observent partout l’impasse institutionnelle, le naufrage économique, la fragmentation territoriale et l’exacerbation des inégalités intra nationales et interrégionales.

Le télescopage de nombre de défis stratégiques nous place collectivement dans une situation inédite face à l’histoire. En sortir requiert de l’audace et de la volonté. De l’humilité aussi. Il s’agit de nous remettre en cause. C’est l’un des bienfaits des crises. La remise en cause permanente comme principe d’action est un exercice sain. L’Afrique en a tant besoin en ce début du XXI pour croire en des lendemains meilleurs.

Pour cela, avouons-le tout de suite, il s’agira d’une remise en cause à un triple niveau : la manière de voir, la manière d’agir et le cheminement sur le long terme. Avec ces mots clefs, il est possible de redessiner de nouvelles perspectives pour une renaissance africaine.

Nous essaierons au travers de nos échanges et de nos réflexions de construire des projets de solutions sans verser dans la démagogie encore moins dans la mortification face à un passé parsemé d’épreuves tragiques.

A mon humble avis, il est en effet, possible, en revisitant les moments forts de notre histoire récente avec nos succès même fugaces et nos échecs plus nombreux et plus retentissants, de tirer des enseignements utiles à la construction d’une alternative cohérente et crédible à nos recettes diverses imposées ou choisies librement que nous avons appliquées sans discontinuer jusqu’à ce jour.

Pour ma part, j’essaie de développer une voie innovante que j’ai appelée « L’Africanisme Solidaire ».

Comme je l’ai écrit et redit il ne s’agit ni d’une idéologie ni d’une conception figée encore moins d’un nouveau poncif. Bien au contraire et, comme nous le découvrirons au fil de nos échanges, c’est une manière dynamique de penser notre développement.

Dans sa racine, l’Africanisme Solidaire se compose de deux termes fondamentaux : « africanisme » renvoyant à l’Afrique et, in fine, à un repère territorial et « solidaire » de solidarité utilisée ici, avec deux sens complémentaires i) «sentiment et volonté qui poussent des personnes à s’accorder sur une aide mutuelle » et l’autre à tonalité plus juridique ii) «modalité d’une obligation faisant obstacle à la division ».

Pour comprendre le sens et la portée de la démarche, disons un mot des défis convergents qu’il faut traiter non plus de manière séparative mais systémique.

Ils sont nombreux. J’en ai retenu quelques uns qui sont à mes yeux basiques :

  1. 1.      La Paix et la Stabilité comme fondements de toute odyssée humaine ;
  2. 2.      La Cohésion Sociale et Nationale comme préalables à la construction de tout ensemble organisé ;
  3. 3.      La Gouvernance Réinventée et mieux Adaptée aux Enjeux du XXI éme Siècle ce qui conduit naturellement aux multiples interrogations suscité par l’Etat Nation Africain dans sa configuration actuelle ;
  4. 4.      Les Rapports des sociétés ou plutôt des citoyens aux Autorités Publiques ;
  5. 5.      La Gestion de la question centrale de la transition démographique et de l’ascension vers la modernité ;
  6. 6.      La Pauvreté de Masse ;
  7. 7.      Et bien sûr la Mondialisation.      

 De la prise en compte systémique de ces défis et de leur mise en perspective découle la fiabilité de l’alternative à l’impasse actuelle.

Plus d’un demi-siècle durant, nous avons subi à cause de la démagogie, de la vacuité de nos choix et de l’infantilisation de nos initiatives. Comment avions-nous imaginé développer notre continent et le conduire vers la prospérité sans théorisation préalable ! Sans fixer des repères ! Sans indiquer la voie. Bref sans conceptualisation préalable ! Dans l’Afrique d’aujourd’hui, tout est en cause.

Notre site est d’abord celui d’un combat d’idées : il s’attachera à travers des réflexions à définir les fondamentaux d’une nouvelle voie avec un ensemble de valeurs structurantes dont on peut citer entre autres : la Solidarité Raisonnée, l’Equité, la Souveraineté Partagée, la Responsabilité Négociée, l’Action Concertée et l’Economie Solidaire de Marché.

Ce faisant nous indiquerons, je l’espère, des repères processuels aptes à enclencher une double dynamique d’adaptation et de résistance, loin de toute démagogie stérile.

Commençons maintenant notre réflexion collective au service d’un autre devenir de l’Afrique.  A suivre.…